- Sujet : La passion est-elle toujours un esclavage ?
- Concepts : La - passion - est-elle - toujours - un - esclavage - - 997 -
- Extrait du corrigé : Chambry, Flammarion
Ce que
défend ce texte:
Cet extrait du Banquet de Platon s'ouvre sur le discours de Diotime,
prêtresse (sans doute imaginaire) de Mantinée, qui doit révéler à Socrate
les mystères de l'amour. Le terme « mystère » doit d'ailleurs être pris ici
au sens fort car cette scène évoque ce genre d'initiation que les Grecs
connaissaient, comme dans les mystères d'Éleusis par exemple, où les initiés
parvenaient finalement à une ultime révélation et contemplation mystique
après toute une série d'étapes préparatoires. Toutefois, malgré le parallèle
sur lequel joue Platon dans cette scène, il ne s'agit pas ici d'une
révélation mystique mais d'un mouvement graduel et philosophique (ou «
dialectique ») vers l'Idée du Beau, dans toute sa pureté. Ce mouvement doit
nous révéler qu'à son stade ultime, l'amour aboutit à la contemplation de
cette Idée. L'amoureux est, en définitive, toujours amoureux du Beau absolu,
à travers l'attraction qu'il éprouve pour ses incarnations sensibles, que ce
soit la beauté des corps, des âmes ou des connaissances, et où il ne perçoit
encore que confusément la splendeur de l'Idée qui se révèle dans tout son
éclat hors de toute participation à la matière. Ces derniers exemples
forment d'ailleurs les degrés successifs qui nous rapprochent
progressivement de l'Idée pure : « la vraie voie de l'amour [...] c'est de
partir des beautés sensibles et de monter sans cesse vers cette beauté
surnaturelle en passant comme par échelons d'un beau corps à deux, de deux à
tous, puis des beaux corps aux belles actions, puis des belles actions aux
belles sciences ». L'amoureux qui atteindra cette Idée est donc celui qui
s'affranchira graduellement de sa participation à la singularité des corps
sensibles et l'embrassera dans toute sa généralité, avec à chaque fois plus
d'ampleur et à un niveau toujours plus abstrait. C'est pourquoi l'amour des
belles sciences, qui vient après celui des beaux corps est un progrès vers
la connaissance de l'Idée, puisque les sciences sont intelligibles et moins
incarnées dans la matière que les corps.
Le dernier degré de l'amour, celui que peut atteindre par exemple le
philosophe, amoureux du Bien et du Beau, puisque son titre signifie
précisément « amoureux de la sagesse », est celui où l'on pourra enfin
contempler le Beau dans toute sa pureté intelligible.
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